| Type d'arme | Espadon |
| Rareté | ★★★★★ |
Je ne lis pas dans tous les cœurs, mais le mien n'a plus de secrets pour moi.
En cet instant précis, mon cœur est rempli de peur, et rien d'autre. Notre station scientifique, « l'observatoire » que nous avons construit pour vaincre cette faille immense et sans limite, a été engloutie par la Gangrène, et le désespoir a fait de même dans mon esprit. La xiranite fonctionnera-t-elle ? Tous nos efforts ont-ils été totalement inutiles ? L'Æther nous a permis de nous rendre compte de notre insignifiance. Il va dévorer Wuling et tout ce qui existe. Comment sommes-nous censés nous opposer à ce phénomène astronomique ?
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Il faut construire un canal. Le travail de sauvetage des victimes sur le site de la catastrophe est prioritaire dans l'immédiat, mais ce canal revêt la plus grande importance. Il évitera la contamination des aquifères par la Marée gangrénée qui s'infiltrera dans le sol. Mais, au final, tout cela sera inutile. Cela ne fera que retarder l'inéluctable mort de tout ce qui se trouve sur cette terre.
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Mes mains sont recouvertes de cloques. Je ne suis qu'un ouvrier de l'atelier de production. Je n'ai aucune connaissance dans le bâtiment, mais j'ai reçu une affectation à l'équipe de construction... On doit repousser ce désastre jusqu'à ce que des renforts arrivent de notre QG.
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J'ai une coupure à la main. J'ai déterré une dague brisée sur le site de construction du canal. Combien de temps est-elle restée enterrée ici ? Un siècle ? Par Talos, non mais regarde un peu cette main sanguinolente ! Au diable la gloire et les sacrifices ! Pourquoi suis-je encore en vie ? Pourquoi ai-je donc envie de vivre ? Pourquoi vivre tout court ? POURQUOI ?
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Maudite Gangrène. Je vais m'ôter la vie demain.
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J'ai choisi la nuit. Sur le site de construction. C'est un bon endroit. La météo est parfaite, avec des pluies diluviennes qui noient tout dans la boue. Les bons à rien comme nous méritent de mourir et d'être enterrés dans la fange.
Les torrents gonflés par la pluie ont emporté la dernière section inachevée du canal. Je repère un éclat métallique dans la boue exposée depuis peu. Je ne sais pas pourquoi, mais je me dirige vers cet objet brillant et je prends de la boue entre mes mains nues. Je déterre la chose... une valve rouillée.
C'était donc ça.
Nous avons dû accomplir ce travail à la hâte, sans données cartographiques ni vérifications. Par chance, nous avons érigé le canal que nos prédécesseurs n'avaient pas réussi à terminer.
Et, soudain, en observant la valve couverte de rouille, j'y vois tout autre chose. Je me rappelle le testament de mon père, le portrait de ma mère, les fleurs en papier déposées sur la tombe de mes grands-parents...
Et moi... Je vois mon reflet dans les eaux boueuses.
C'était donc ça.
Les gens veulent toujours survivre. Et les gens survivent toujours.
Les cieux et la terre connaissent leurs limites. La peur elle-même pourrait se désintégrer complètement.
En voyant cela, je cesse de penser à la mort.
Je ne fais que perpétuer notre soif de survie et notre résilience, dans ce cycle infini qui perdure depuis la nuit des temps.